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A Hong Kong, les mémoires sans cesse ravivées de 2019 fragilisent Pékin

  • Amélie Blanchet
  • 22 déc. 2025
  • 4 min de lecture

« C’est un peu comme si cet incendie nous aidait à faire le deuil de 2019 », a déclaré ce

samedi 6 décembre un Hongkongais venu honorer les morts de l’incendie de Wang Fuk Court.



C’est l’incendie le plus meurtrier qu’ait connu la ville depuis des décennies. Le 26 novembre dernier, un feu a ravagé sept immeubles à Taipo, un des Nouveaux Territoires de Hong Kong, tuant 91 femmes et 49 hommes. Une enquête ouverte après l’accident révèle des négligences de l’autorité hongkongaise et notamment des défaillances concernant les alarmes anti-incendie qui ne se sont pas déclenchées. Depuis, des milliers de Hongkongais se retrouvent tous les jours sur la place de Wang Fuk Court pour honorer le deuil de leurs morts. Cette célébration est l’occasion d’une protestation silencieuse contre Pékin, qui ne peut pas empêcher la mémoire d’un tel drame, non sans s’en inquiéter.


En effet, depuis la rétrocession de la ville à la Chine en 1997, et surtout depuis les années

2010, les habitants de la ville sont progressivement privés de leurs libertés, certains se

qualifiant de « muselés ». Ces restrictions atteignent leur apogée en 2020, lorsque Pékin

promulgue la loi sur la sécurité nationale au lendemain des manifestations massives

prodémocratie, criminalisant l’insurrection, la trahison et l’espionnage étranger, augmentant ainsi la répression de la société d’un cran. Depuis, la ville vit dans la peur, la dissidence a été quasiment étouffée, comme le montre la dissolution du parti civique en 2023.


Pour autant, une opposition demeure, même si elle n’est pas explicitée, et le PCC en a bien conscience. Remué par le spectre de Tian An Men et les manifestations de 2019, il voit d’un mauvais œil ces rassemblements massifs à Taipo, et particulièrement au moment des élections législatives Hongkongaises, qui ont eu lieu le 7 décembre. Steve Li, un commissaire du département de la sécurité nationale, a dénoncé la distribution de tracts et l’échange de slogans qui ne visaient qu’à « inciter à la haine ». Miles Kwan, un étudiant de 24 ans, a d’ailleurs été arrêté pour avoir distribué des tracts qui appelaient aux « Quatre demandes », une formule qui rappelle les « Cinq demandes » de 2019.


Pour cause, cette commémoration est perçue par de nombreux habitants comme un moyen détourné de se rassembler et de montrer son unité contre Pékin et ses hémisphères. Ceux-ci craignent que la tristesse de ce drame ne soit vite remplacée par une haine contre le continent, alimentée par des accusations de corruption du chantier de rénovation des tours brulées : « Nous sommes déjà très fâchés. Mais nous nous retenons pour le moment car il faut honorer les morts », clame Benson Lung, un habitant de la ville. Certains évoquent même le choix délibéré de faire bruler Wang Fuk Court, un quartier qui avait entièrement voté pour l’opposition démocrate lors des élections de district de 2019. Pour de nombreux habitants, l’incendie a donc fait réapparaitre, de manière brutale, un sentiment de vulnérabilité et d’absence de protection qui dépasse largement la seule question de la sécurité incendie. Ce malaise s’est retranscrit dans les urnes, ce dimanche 7 décembre.


Les mois de campagne du parti communiste pour pousser les hongkongais à participer aux élections ont été évincés par l’incendie. Malgré les appels à voter répétés de John Lee, le chef de l’exécutif de Hong Kong, seul 31% des habitants se sont rendus aux urnes. Les résultats ne sont guère surprenants : victoire de la ligne des « patriotes », candidats conformes aux attentes de Pékin. Alors que Lee désigne ces résultats comme un « vote responsable », le faible taux de participation, qui avoisine le record historique de 30% en 2021, reflète peut-être plus une forme de résignation devant un scrutin sans véritable alternative. En effet depuis 2021, seuls vingt sièges sur quatre-vingt-dix sont soumis au suffrage direct, et les candidats doivent être qualifiés de « patriotes » par Pékin.


Bref, encore une fois, la dissidence hongkongaise est muette mais frémissante. L’incendie a soufflé un vent de contestation sur la ville, ravivant les mémoires de 2019. L’avenir de Hong Kong reste difficile à prédire, mais plusieurs dynamiques se dessinent. L’intégration au continent pourrait se poursuivre à un rythme accéléré, portée par des projets d’infrastructures et par la volonté politique de renforcer la cohésion nationale. La société hongkongaise, marquée par des années de tensions, continue néanmoins de démontrer une capacité de résilience notable, que l’on observe aussi dans la diaspora, active dans plusieurs pays. Certains analystes évoquent la possibilité d’une coexistence durable mais tendue, où l’expression politique resterait limitée tandis que les formes culturelles et communautaires d’identité hongkongaise se renforceraient. D’autres soulignent le risque d’un exode accru, susceptible de remodeler profondément la démographie et la vie sociale du territoire.


Quoi qu’il en soit, cet incendie n’est pas sans conséquence sur Pékin qui se voit encore une fois fragilisé à Hongkong, non sans conséquences externes : cette contestation silencieuse pourrait bien enterrer à jamais le mythe du modèle « un pays, deux systèmes», affectant la crédibilité des revendications chinoises pour Taïwan. Par ailleurs, plusieurs capitales occidentales ont exprimé leurs condoléances aux familles et rappelé l’importance des droits fondamentaux et de la transparence institutionnelle.

 
 
 

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