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Le dernier acte de Powell

  • Maëlle Robert
  • 28 janv.
  • 4 min de lecture

« J’en ai lâché un morceau : il. » Cette phrase prononcée par Donald Trump au Forum

économique mondial de Davos, le 21 janvier 2026, marque un tournant symbolique. En

révélant par un simple pronom le sexe de son futur choix pour la présidence de la Réserve fédérale, le président américain met en scène son influence sur une institution censée être indépendante. Ce « gender reveal » médiatique illustre l’entrée de la Fed dans une ère de pression politique accrue, soulevant des interrogations majeures sur l’équilibre institutionnel américain et la stabilité financière mondiale.


Jerome Powell devant la Réserve fédérale des États-Unis
Jerome Powell devant la Réserve fédérale des États-Unis

L’affaire Jay Powell


Une enquête aux lourdes implications


L’ouverture d’une enquête pénale par le département de la Justice en janvier 2026 contre Jay Powell constitue un événement sans précédent. Elle porte sur un supposé faux témoignage concernant un projet de rénovation du siège de la Fed estimé à 2,5 milliards de dollars. Jay Powell a qualifié ces accusations d’absurdes.


Pour Michael Strain, économiste et journaliste au Financial Times, cette procédure relève du « lawfare », c’est-à-dire de l’utilisation de l’outil judiciaire comme arme politique. Selon lui, l’objectif serait d’intimider la Fed afin d’obtenir des baisses de taux. Il appelle les sénateurs républicains à bloquer toute nomination tant que l’enquête n’est pas abandonnée, estimant que l’instrumentalisation de la justice contre des responsables économiques fragilise la crédibilité institutionnelle des États-Unis et risque de provoquer une fuite des capitaux.


Un antagonisme ancien et ravivé


Les tensions entre la Maison-Blanche et la Fed ne sont pas nouvelles. L’année 1951 constitue une date fondatrice avec la signature de l’Accord Fed-Trésor, qui marque la naissance de l’indépendance moderne de la banque centrale. Avant cet accord, la Fed était subordonnée au Trésor et contrainte de maintenir des taux artificiellement bas, à 0,375 %, pour financer l’effort de guerre, au prix d’une inflation atteignant 17 % en 1947.


Lors de la guerre de Corée, la Fed refuse de répéter cette soumission. Face à un communiqué présidentiel affirmant, à tort, que la banque centrale acceptait de maintenir des taux bas, Marriner Eccles divulgue les véritables comptes rendus des réunions. Sous la pression des marchés et du Congrès, le Trésor est contraint de négocier. L’accord du 4 mars 1951 consacre une séparation durable des pouvoirs.


Aujourd’hui, au-delà de Powell, l’administration vise également la gouverneure Lisa Cook,

accusée de fraude hypothécaire présumée. Don Kohn, fort de quarante années d’expérience à la Fed, évalue le niveau d’inquiétude à « 11 sur 10 ». La Cour suprême, saisie de l’affaire, s’est montrée sceptique face aux arguments de la Maison-Blanche, notamment en raison de la clause de protection « for cause » qui garantit l’indépendance des gouverneurs, nommés pour un mandat de 14 ans.


La remise en cause de cette protection pourrait avoir des effets immédiats sur les marchés. Une perte de crédibilité de la Fed pourrait entraîner une hausse de 25 à 50 points de base des rendements des bons du Trésor à dix ans, alourdissant le service de la dette américaine de plusieurs dizaines de milliards de dollars par an.


Les critiques de l’administration Trump


Donald Trump critique Jay Powell pour son supposé retard dans les décisions monétaires, le surnommant « Jerome “Too Late” Powell ». Le président souhaite des baisses de taux drastiques afin de soutenir la croissance et de réduire le coût du déficit, et affirme vouloir un président de la Fed dans la lignée d’Alan Greenspan.


Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, dénonce quant à lui un recours excessif aux politiques non conventionnelles, une dérive de la mission de la Fed et une bureaucratie jugée excessive. Ces critiques s’inscrivent dans une volonté plus large de reprendre le contrôle d’institutions perçues comme appartenant à un « État profond ».


Vers une Fed sous tutelle ?


Le risque d’une transformation interne


La stratégie de long terme pour influencer la politique monétaire repose sur la nomination de membres du FOMC alignés sur la vision présidentielle. Sans modifier la loi, l’exécutif peut ainsi orienter progressivement la trajectoire des taux d’intérêt. Ce processus lent mais efficace pourrait transformer la Fed en instrument de soutien à la croissance immédiate, au détriment de la lutte contre l’inflation.


Les menaces de restructuration brutale, évoquées par Kevin Warsh, mettent en péril un capital humain crucial. La Fed emploie plus de 400 économistes de haut niveau à Washington et gère un bilan d’environ 7 000 milliards de dollars. Une purge politique entraînant le départ de 10 à 20 % de ces experts compromettrait gravement la capacité de la banque centrale à gérer des crises complexes.


Un enjeu de crédibilité monétaire


La résistance de Jay Powell incarne un test institutionnel majeur. L’enjeu dépasse sa personne : il concerne la crédibilité du dollar et la stabilité du système financier mondial.

L’indépendance monétaire demeure le principal rempart contre la tentation politique d’utiliser la création monétaire pour financer les déficits.


Comme le rappelle Don Kohn, si la Fed obéit aux impératifs budgétaires plutôt qu’à son

mandat de stabilité des prix, le risque est celui d’une inflation massive. Le souhait présidentiel de voir les taux descendre à 1 % est jugé irréaliste par la majorité des experts. La capacité de la Fed à dire « non » au pouvoir exécutif constitue ainsi le cœur de sa légitimité et le fondement de la confiance dans la monnaie américaine.


 
 
 

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