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Venezuela : comment Washington a renversé Maduro pour s'emparer de l'or noir

  • Alexandre Stenger
  • 13 janv.
  • 3 min de lecture



L'arrestation spectaculaire du président vénézuélien, fruit de plusieurs mois de préparation secrète, ouvre la voie à une exploitation américaine des ressources pétrolières du pays. Une stratégie qui fait resurgir le spectre du colonialisme et divise jusqu'au Congrès.


Le 3 janvier 2026, aux alentours de 1 h 30 du matin, Donald Trump observait depuis sa propriété floridienne de Mar-a-Lago le dénouement d'une opération baptisée « Absolute Resolve ». Sur ses écrans, le raid contre Nicolas Maduro touchait à sa fin. Quelques heures plus tard, le président américain ne cachait pas sa satisfaction sur Fox News : « Si vous aviez vu la vitesse, la violence… C'est une chose incroyable. » Cette intervention militaire, qui a stupéfié la communauté internationale, n'avait pourtant rien d'improvisé. Dès l'été précédent, Washington avait discrètement déployé une armada aux abords du Venezuela : quelque 15 000 hommes, des bâtiments de guerre et une flotte d'avions de combat. Parallèlement, la CIA tissait sa toile à l'intérieur du pays, parvenant à retourner un membre de l'entourage présidentiel. Grâce à cet informateur, les services de renseignement américains connaissaient les habitudes les plus intimes du dirigeant — ses déplacements, ses lieux de résidence, jusqu'à ses animaux de compagnie, selon le général Dan Caine.


Car Maduro, conscient du danger, multipliait les précautions. Il alternait entre six à huit résidences différentes, ne prévenant qu'au dernier moment de l'endroit où il passerait la nuit. Fin décembre, sentant l'étau se resserrer, il a tenté une ultime négociation : proposer aux Américains un accès privilégié au pétrole vénézuélien. Washington a posé une condition : un exil immédiat en Turquie. Refus catégorique du président, qui venait de sceller son destin.


Après plusieurs reports dus aux intempéries, Trump a donné son feu vert le vendredi soir. Cent cinquante appareils ont convergé vers la capitale depuis une vingtaine de bases. Des drones ont d'abord aveuglé la défense antiaérienne vénézuélienne, permettant aux forces spéciales d'investir le complexe présidentiel sans perdre un seul homme. Maduro a tenté de gagner un bunker, en vain. À 3 h 30, le couple présidentiel embarquait à bord d'un navire américain, direction New York et la prison.


Sept jours après cette démonstration de force, les ambitions de Washington se précisent. Et elles n'ont que peu à voir avec la démocratie. Dans un entretien au New York Times, Trump a balayé toute considération juridique internationale : « Je n'ai pas besoin du droit international. Je ne cherche à faire mal à personne. » Sa seule limite ? « Ma propre moralité. » L'objectif réel est ailleurs : prendre le contrôle du secteur pétrolier, potentiellement via une mainmise partielle sur PDVSA, la compagnie nationale.


Le secrétaire d'État Marco Rubio a esquissé une feuille de route en trois temps : stabiliser le pays, relancer l'industrie pétrolière avec des entreprises occidentales, puis organiser une transition politique. Le chantier s'annonce titanesque. La production nationale s'est effondrée à un million de barils quotidiens, loin des 3,5 millions d'antan. La remettre à niveau coûterait 12 milliards de dollars par an sur quinze ans, estiment les analystes. Washington compte financer cette reconstruction et se rembourser directement en hydrocarbures — une logique qui évoque les concessions d'un autre âge.


Le secrétaire à l'Énergie Chris Wright l'a confirmé sans ambages devant des investisseurs réunis à Miami : les États-Unis commercialiseront le brut vénézuélien « indéfiniment ». Les recettes seront placées sur des comptes sous contrôle américain. Seuls les groupes occidentaux pourront participer à la reconstruction, Russes et Chinois étant explicitement écartés. Chevron, unique major à avoir maintenu sa présence malgré les crises, est déjà à l'œuvre pour acheminer jusqu'à 50 millions de barils vers les raffineries texanes et floridiennes.


Cette stratégie ne fait pas l'unanimité. Cinq sénateurs républicains ont rejoint les démocrates pour voter une résolution symbolique exigeant l'aval du Congrès avant tout usage de la force au Venezuela. Elizabeth Warren a dénoncé l'opacité du processus : « Les dirigeants pétroliers semblent mieux informés du plan secret de Trump que le peuple américain. » Quant aux grandes compagnies, elles temporisent. Avec un baril à 56 dollars et la menace permanente d'un nouveau renversement politique, investir massivement reste un pari risqué — même avec les garanties de la Maison-Blanche.

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