Pékin frappe fort : les produits laitiers européens dans le viseur des nouvelles taxes chinoises
- Olessya Sarkisov
- 22 déc. 2025
- 3 min de lecture
L’empire du Milieu durcit un peu plus le bras de fer commercial engagé avec l’Union
européenne (UE). À compter de ce mardi, Pékin appliquera des droits de douane provisoires allant jusqu’à 42,7 % sur plusieurs produits laitiers importés du Vieux Continent. Cette décision du ministère du Commerce chinois fait suite à une enquête antidumping ouverte en août 2024 ; elle s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre les deux partenaires.

Le ministère du Commerce chinois invoque un « préjudice substantiel » pour son industrie nationale
Le ministère chinois du Commerce a confirmé ce lundi l’entrée en vigueur, dès le 23
décembre, de droits de douane compris entre 21,9 % et 42,7 % sur une large gamme de
produits laitiers européens. Ils concernent notamment les fromages frais, fondus ou bleus ainsi que certains laits et crèmes.
Cette mesure découle des conclusions préliminaires d’une enquête antidumping ouverte à la demande de l’Association laitière de Chine en août 2024 et qui s’achèvera en février 2026. Les autorités chinoises estiment que les produits importés depuis l’UE bénéficient de subventions publiques causant un « préjudice substantiel » à l’industrie nationale.
La filière fait figure de victime collatérale des tensions entre Bruxelles et Pékin autour des véhicules électriques
La décision de Pékin de s’en prendre aux produits laitiers européens est un choix
stratégique. Ces derniers représentent une part importante des exportations pour les pays européens comme la France et les Pays-Bas. D’après les données d’Eurostat, les Vingt-Sept ont exporté pour 1,7 milliard d’euros de produits laitiers vers le marché chinois en 2023 et d’après les douanes chinoises, l’UE est le deuxième fournisseur de la Chine, derrière la Nouvelle-Zélande.
Demandée officiellement par l’Association laitière de Chine, l’enquête antidumping sur les produits laitiers a été lancée au lendemain de l’annonce en octobre 2024 par les Vingt-Sept de leur décision d’imposer des droits de douane élevés sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, les surtaxes sur les véhicules électriques chinois s’échelonnant jusqu’à 35 %. L’UE reprochait à Pékin d’avoir faussé la concurrence en pratiquant un dumping commercial : en subventionnant massivement les constructeurs sur son territoire et leur
permettant ainsi d’offrir des voitures à des prix bien inférieurs à ceux des européens,
pénalisant in fine les constructeurs du Vieux Continent. En Europe, le lancement de l’enquête visant les produits laitiers européens a donc largement été perçu comme une mesure de rétorsion contre Bruxelles, tout comme celles visant les spiritueux (notamment le cognac) et la filière porcine.
« L’effet d'une douche froide auprès des industriels » européens selon le journaliste
Dominique Chapuis dans une tribune pour Les Echos
Pour les industriels européens, l’annonce chinoise a eu l’effet d’une douche froide. En
France, une douzaine d’entreprises sont désormais soumises à des droits avoisinant 29,7%, tandis qu’une cinquantaine d’acteurs, notamment en Italie et en Allemagne, font face à des taux proches de 28,6 % rapporte l’agence Reuters. Toutes les autres sociétés européennes qui n'ont pas participé à l'enquête se verront imposer le taux maximal de 42,7%. Cette décision inquiète particulièrement les grands groupes du secteur, à l’image de Lactalis, Danone ou Savencia. En France, la transformation laitière représente plus de 47 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La hausse des prix induite par ces nouvelles taxes pourrait entraîner une perte de parts de marché significative au profit notamment de la Nouvelle-Zélande dont les produits restent plus compétitifs en Chine.
Bruxelles rejette les conclusions préliminaires de l’enquête
Face à cette offensive, l’Union européenne a rapidement réagi. En septembre 2024, la
Commission avait saisi l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour contester
l’ouverture de l’enquête chinoise, estimant que les subventions accordées dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) respectent pleinement les règles internationales.
À l’annonce des droits de douane provisoires ce lundi, Bruxelles a dénoncé des mesures «injustifiées ». Le porte-parole de la Commission, Olof Gill, a affirmé que l’enquête reposait
sur des éléments insuffisants et des accusations contestables, rejetant toute responsabilité européenne dans les difficultés de l’industrie laitière chinoise.
Vers de nouveaux débouchés pour les producteurs européens ?
Dans ce climat tendu, les Européens cherchent déjà des alternatives pour diversifier les
marchés d’exportation. Le traité du Mercosur, par exemple, permettrait une baisse
progressive des droits de douane sur plusieurs catégories de produits laitiers, dont les
fromages sous indication géographique protégée (IGP). Une échappatoire potentielle pour une filière européenne dont près de 40 % de la production est destinée à l’export.







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